Nos articles

Devenez donateur mensuel

Nos contenus sont gratuits. Mais notre travail a un coût. Pour 4 euros par mois, aidez à le réaliser tout en préservant notre indépendance 🧡

Suppression de Vivacité : coup dur de plus pour les associations marseillaises

Suppression de Vivacité : coup dur de plus pour les associations marseillaises

Vendredi, Septembre 11, 2026

C’était un rendez-vous attendu par les Marseillais. Présent depuis 2009, le forum Vivacité accueillait jusqu’à 500 stands d’associations qui profitaient de cette occasion pour faire connaître leurs activités et faire le plein d’adhérents. Cette année, la Ville de Marseille a décidé de mettre fin à cette manifestation, proposant à la place des forums d’associations par arrondissement … dont la moitié existaient déjà.

13 heures. Le Parc de la Mirabelle, dans le 11e arrondissement de Marseille, est encore calme, comme endolori par la chaleur humide et étouffante de ces derniers jours d’été. Une bonne cinquantaine de stands sont en place. Table, tente, chaises. Les premiers visiteurs arrivent sur une musique de George Michael.

C’est aujourd’hui que se tient la Rentrée des associations des 11e et 12e arrondissements, ravis par le candidat du Rassemblement National Olivier Rioult lors des dernières élections municipales. Une marie de secteur déjà connue pour avoir ouvert ses portes à l’association Éclats de femmes, qui agit officiellement contre les violences faites aux femmes mais dont la fondatrice n’est autre que Claire Geronimi, « vice-présidente de l'UDR, et soutenue par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin » comme l’a dévoilé le journal d’investigation Marsactu.

Sans surprise, l’association dispose d’un stand cet après-midi. C’est la seule association se présentant comme défenseuse de la cause féminine présente ici.

À ses côtés, des associations de loisirs en immense majorité. De très nombreux clubs de sport, les arts martiaux occupant une place prépondérante, mais aussi de la danse, de la culture provençale ou encore une association veillant à valoriser les origines gauloises du quartier de Saint-Marcel.

Sur scène, on assiste, sur fond de musique épique, à un « combat d’arts martiaux européens historiques » que se livrent deux hommes, dont un encagoulé. Glaçant.

Désistements en série

Contrairement à Vivacité, nous n’avons croisé aucune association dont l’objet serait de défendre des valeurs dites progressistes. Parmi elles, beaucoup regrettent la nouvelle mouture de ces forums d’associations.

Des dizaines ont même renoncé à participer à l’échelle de la ville comme en témoignent les nombreux mails qui nous sont remontés : « Ces rendez-vous constituent pour les associations un moment particulièrement important pour présenter leurs activités, faire connaître leurs actions, rencontrer le public et valoriser l’engagement de leurs bénévoles. Cependant, les conditions d’accueil annoncées cette année ne nous paraissent pas permettre une participation satisfaisante ». Et de regretter : « le choix d’un éclatement de l’événement par secteurs géographiques alors que nombre d’associations marseillaises développent leurs activités à l’échelle de toute la ville et s’adressent à des publics provenant de différents quartiers et arrondissements ». L'an dernier, Vivacité avait accueilli 15 000 visiteurs.

« Nous avons proposé aux associations qui agissent sur l’ensemble de la ville d’avoir un stand dans chaque forum de secteur », assure Yannick Ohanessian, adjoint au maire (PS) délégué à la vie associative, de passage à la Rentrée des associations des 11 et 12e arrondissements. Sauf que mobiliser des bénévoles pour huit événements au lieu d’un seul, les uns se déroulant parfois simultanément, est loin d’être aisé. « Compte tenu de notre petit groupe de bénévoles et de sa fragilité, nous ne pouvons prétendre à rester sous un éventuel ensoleillement excessif sans protection », regrette une association de défense des droits de l’homme qui avait particulièrement apprécié de participer à Vivacité l’année précédente et s’interroge, comme beaucoup, sur les raisons de sa suppression.

Supprimer Vivacité au nom de la proximité

En off, certains à la Ville parlent de raisons budgétaires. Yannick Ohanessian assure que là n’est pas la raison. « Nous avons repensé l’événement pour répondre à un enjeu de proximité avec les Rendez-vous de la vie associative qui se tiennent du 4 au 28 septembre ». Un dispositif qui comprend des journées portes ouvertes dans les maisons des associations, les forums de secteurs mais aussi des temps de réflexion sur la création d’un Conseil de la vie associative censé favoriser les coopérations entre la Ville et les associations. Associations qui « demain, pourraient peut-être même proposer une délibération par an au conseil municipal », imagine l’adjoint.

Il assure par ailleurs que davantage d’associations peuvent désormais participer à un forum : près d’un millier assure-t-il, contre 500 sur l’ancienne version de Vivacité. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte le fait qu’il existait déjà des forums de secteurs en plus du forum Vivacité les années précédentes (dans les 4e, 5e, 9e, 10e, 11e, 12e, 15e, et 16e arrondissements plus précisément). De sorte que ces mairies disposaient déjà du matériel nécessaire. Ce qui explique, selon Yannick Ohanessian, que la Ville dépense cette année « un peu moins » d’argent sur le dispositif que les années précédentes. Nous n’avons pas obtenu de chiffres précis à ce jour.

Fatigue démocratique

Si les forums sectorisés conviennent très bien à des structures agissant exclusivement dans un secteur, beaucoup déplorent un manque de transparence et de consultation dans la décision de supprimer le forum.

« Je ne sais pas ce qui a conduit à changer la formule mais je serais étonnée que cela ait été fait en concertation avec les associations », s’interroge une responsable associative.

Et une autre : « Qu'on aborde tous ces sujets ensemble. Tentons tous de faire avancer les choses en donnant de bonnes idées. Mais il nous faudrait connaître les contraintes budgétaires de la ville. On peut nous parler franchement. Nous sommes des gestionnaires à notre échelle ».

Un coup dur de plus pour le monde associatif marseillais qui voit en outre l’un de ses rares pouvoirs d’interpellation, le droit de pétitions, reculer. Pour soumettre une proposition au Conseil municipal il faudra ainsi obtenir les votes de 36 000 électeurs, contre 10 000 auparavant. Une décision votée le 26 juin dans le cadre de la révision du règlement intérieur.

Le tout dans un contexte global de baisse des subventions et de recul des libertés associatives comme le souligne l’Observatoire des libertés associatives. Avec des pressions de plus en plus fortes sur les associations qui exprimeraient des opinions politiques.

Maëva Gardet-Pizzo

Recherche