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À la Belle de Mai, l'alimentation comme levier de vivre-ensemble
Installée au cœur du quartier de la Belle de Mai à Marseille, l’association En Chantier déploie un écosystème solidaire original. Entre son épicerie la Drogheria, sa cantine à petits prix et sa boulangerie bio, cette structure ne se contente pas de nourrir : elle redonne du pouvoir d'agir aux habitants et recoud le tissu social d’un secteur enclavé et souvent laissé pour compte. Immersion dans un lieu où la mixité et la dignité se partagent à table.
Dans ce quartier populaire de Marseille où le taux de pauvreté dépasse la barre des 50 %, l’accès à une alimentation saine est un luxe. Faute de réponses des pouvoirs publics, l’association En Chantier a choisi d'agir dès 2015. Son fil rouge ? L'alimentation de qualité pour tous, sans exception.
Dans l’épicerie solidaire ce matin, les étals sont pleines de fruits et légumes frais, de saison, cultivés par des producteurs locaux engagés dans une agriculture raisonnée.
Juste à côté, le laboratoire de boulangerie « Criscito » exhale des odeurs de pain au levain, confectionnés à partir de farines bio du pourtour méditerranéen. Les habitués s’y pressent aussi pour une spécialité locale : leurs fameuses pompes à l’huile.
Pour compléter ce tableau gourmand, la Cantine du midi propose chaque jour à une cinquantaine de convives des menus très végétaux, sains et équilibrés, pour seulement quelques euros.
La confiance et l'horizontalité pour boussole
Mais la véritable force d'En Chantier réside dans son modèle, humain, horizontal et profondément solidaire.
Pour faire ses courses à la Drogaria, l'adhésion est à prix libre. Et pour ceux qui n'en ont pas les moyens, la solidarité s'organise grâce aux « paniers suspendus », financés par les dons des adhérents et les marges d'un groupement d'achat professionnel.
L'implication citoyenne est telle qu'on ne parle pas de bénévoles, mais de « permanents ». En échange de trois heures de présence pour ravitailler les rayons ou tenir la caisse, ces derniers reçoivent des « métacagettes » — des bons d'achat de 60 à 100 euros par mois. Un dispositif vertueux qui permet de s'approvisionner dignement en huile d'olive extra-vierge ou en bon miel, tout en se sentant pleinement investis dans un projet collectif.
Un tremplin vers l'emploi et l'émancipation
Au-delà d'offrir une alimentation saine et acccessible, En Chantier est aussi un laboratoire d'apprentissage et d'inclusion par le travail.
Labellisée chantier d'insertion, l’association compte aujourd'hui une grosse vingtaine de salariés, dont neuf en parcours d'insertion, épaulés par des volontaires en service civique. De la cuisine à la logistique en passant par la gestion informatique, chacun y trouve une passerelle vers l'autonomie.
Le parcours de l'une des employées actuelles résume à lui seul ce rôle de tremplin. Arrivée à l'époque avec des difficultés administratives et de papiers, elle pousse d'abord la porte de l'association grâce au conseil bienveillant d'une institutrice. De fil en aiguille, elle bénéficie des métacagettes, s'investit, puis décroche un contrat de salariée en insertion. Aujourd'hui, elle a été formée pour devenir encadrante technique.
Peu dotée en transports en commun et en services publics, la Belle de Mai trouve en ce tiers-lieu un espace indispensable de respiration. De nombreuses activités y sont proposés comme les Cafés causés.
Le lieu est enfin à des rares à relever avec succès un défi majeur à Marseille : celui de la mixité sociale. Puisque s'y croisent les habitants du quartier, mais aussi les travailleurs de la Friche ou du Pôle Média.
En nourrissant les corps et les liens, l'association maintient le quartier en éveil et entretient une forme de pouvoir d'agir. Car ici, tout le monde s'accorde à le dire : sans ce lieu unique, la Belle de Mai ne vibrerait pas de la même manière.
Pour voir notre reportage en vidéo, c'est ici.
Maëva Gardet-Pizzo
